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LA GOUTTE AU NEZ

La goutte au nez est au randonneur ce que le linge suspendu est à un balcon italien: obligée, paysagère, polluante, fugace mais persistante.

Il n'y a pas d'heure pour la goutte au nez. Pas de degré Celsius déclencheur. Elle vient. Elle est là. Qu'en faire?

Trois tactiques se succèdent au gré du propriétaire (de la goutte et du nez).

Encore que la première soit vaine : il s'agit de l'ignorer. <

Oui mais voilà, non contente d'etre disgracieuse en cas de rencontre sur le sentier, elle se révèle versatile quant au choix du lieu de sa chute....

La seconde solution consiste en un geste aussi vif qu'habile à déloger l'intruse  -il faudrait dire l'extruse - de la main. Un revers sportif qui peut etre élégant tandis que le dos de la main prend momentanément possession de la goutte et, au final, la jette à terre, l'essuie sur un vetement ou, comble du mépris, la laisse sécher sur son index.

Nous déconseillons la troisième solution sauf à etre loin de toute présence humaine. Elle consiste en un souffle bref et puissant de la narine ayant donné naissance à l'objet de la gène.

Mais qu'on ne se tienne jamais pour gagnant dans cette affaire humide. la goutte est au nez ce que le chiendent est au jardin.

Extrait du petit livre " PETITE PROSE DU RANDONNEUR " écrit par Jean-Pierre Dupré, dessins Eugène Collilieux

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